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  • antoinevalle

Gamification du recrutement : un jeu d’enfant ?

Recruter grâce à un escape game ou à une activité sportive n’a plus rien de surprenant. Certaines entreprises misent en effet sur la gamification du recrutement pour attirer les meilleurs talents et n’hésitent pas à redoubler d’inventivité. Ainsi, le traditionnel entretien d’embauche cède sa place à des méthodes plus ludiques, voire totalement décalées.


Si certains employeurs y voient une solution novatrice en réponse aux difficultés de recrutement actuelle, il est légitime de s’interroger sur l’objectivité et la pertinence des résultats obtenus. Cette tendance saurait-elle remplacer les méthodes éprouvées et plus standardisées ? Rien n’est moins sûr.


Gamification du recrutement représentée par deux dés, symbole du jeu pour recruter des salariés


En quoi consiste la gamification du recrutement ?


La gamification, ou ludification en français, repose sur l’application de mécanismes de jeu dans des contextes a priori non ludiques. Dans une situation de recrutement, cela se traduit concrètement par la mise en place de défis, de simulations et de serious game en tous genres.


Le recrutement à l’heure du divertissement


Ce concept s’inscrit plus largement dans la grande tendance actuelle du recrutainment, contraction des mots recrutement et entertainment, renvoyant à l’intégration du divertissement dans le processus de recrutement.


Il s’agit de sortir des sentiers battus grâce à des techniques et des méthodes propres au divertissement pour attirer les candidats, les évaluer et favoriser leur engagement tout au long de leur parcours. Ces éléments ludiques et ces expériences interactives sont censés casser les codes du recrutement traditionnel et dépasser certains freins, du côté candidat comme du côté employeur.


La course à l’inventivité et à l’originalité


Tous les moyens sont bons pour séduire de nouveaux talents et les retenir. De grands cabinets de conseils et d’audit optent par exemple pour le recrutement par l’escape game afin de cerner les compétences comportementales ou soft skills des candidats.


Des agences d’intérim s’inscrivent également dans la voie du recrutainment grâce à des activités sportives telles que le judo. Les hackathons ont le vent en poupe dans le secteur des nouvelles technologies, afin d’évaluer le potentiel des candidats en programmation et en résolution de problèmes.


La gamification du recrutement donne également lieu à des propositions plus inattendues ou déconcertantes. Par exemple, en octobre 2023, Pôle Emploi a recruté de nouveaux profils dans le secteur artistique lors de sessions de danse, sans préciser aux participants qui parmi eux était recruteur ou candidat. C’est à ne plus savoir sur quel pied danser…



Pourquoi certaines entreprises privilégient-elles le recrutement par le jeu ?


Aux yeux d’une partie des employeurs, le recrutement par le jeu apparaît comme une approche innovante, capable de transformer l’ensemble du processus en une expérience plus efficace. Trois grands avantages reviennent souvent sur le devant de la scène.


1 – Attirer les jeunes talents


Les jeunes générations, notamment la génération Z, ont grandi avec les écrans et les technologies numériques. Ces candidats peuvent être plus réceptifs aux processus de recrutement interactifs et innovants. Grâce à la gamification, des entreprises telles que L'Oréal, Décathlon ou Uber désirent se positionner comme des employeurs modernes. Leur optique reste d’attirer les jeunes talents, de retenir leur attention, voire d’inciter les candidats les plus passifs à postuler.


2 – Évaluer plus naturellement les compétences des candidats


Par son cadre ludique, la gamification du recrutement semble propice à une évaluation plus naturelle des compétences. Les recruteurs observent les candidats en action dans des situations concrètes et dépassent les limites imposées par le CV et l’entretien d’embauche, en creusant au-delà des qualifications techniques.


Dans ce contexte plus informel, les postulants révéleraient spontanément leur savoir-faire et leurs soft skills, comme l’esprit d’équipe. Cette dimension ludique motiverait les candidats à donner le meilleur d’eux-mêmes et à s’investir davantage dans le processus de recrutement. La gamification serait donc un outil prédictif du succès des candidats dans leurs futures missions et de leur adéquation avec la culture et les valeurs de l’entreprise.


3 – Redorer sa marque employeur


Le fait de proposer une expérience candidat ludique reflète une culture d’entreprise moderne et dynamique. Le recrutainment apparaît comme un moyen de renforcer activement sa marque employeur et de se démarquer de la concurrence, notamment dans les secteurs les plus pénuriques.


Quant aux candidats, l’originalité et le caractère engageant du processus sont à même de les séduire. Ils sont davantage susceptibles de rendre compte positivement de leur expérience à leur entourage et sur les réseaux sociaux : un bon point lorsqu’il s’agit de redorer la notoriété et la réputation d’une entreprise.



La partie est-elle gagnée d’avance grâce au recrutainment ?


Si de nombreux employeurs se laissent prendre au jeu, miser sur le recrutainment ne signifie pas pour autant que la partie est gagnée d’avance !


1 – Une évaluation superficielle des candidats


Un candidat qui excelle à un jeu possède-t-il pour autant toutes les compétences requises pour un poste ? Imaginer qu’un serious game ou une activité sportive mette au jour les compétences comportementales d’un postulant avec plus de fiabilité qu’un entretien d’embauche semble illusoire, voire naïf.


Il est souvent admis que les candidats dévoilent leur soft skills en toute transparence, une fois dans le feu de l’action. À bien y réfléchir, la gamification ne les désinhibe pas forcément davantage, tout comme elle ne les empêche pas de se mettre en scène afin de laisser entrevoir le meilleur d’eux-mêmes.


2 – Une appréciation biaisée des postulants


À la fois ludique et stimulante, la gamification favorise certains biais cognitifs, chez les candidats comme chez les recruteurs. Les premiers peuvent par exemple orienter leurs réponses lors des entretiens à venir, en fonction de leur perception du jeu. Quant aux seconds, il est aisé d’imaginer qu’ils se concentrent uniquement sur les informations qui confirment leur première impression sur les candidats.


Vous comprenez que le recrutainment risque de conditionner les étapes suivantes du processus et qu’il ne garantit pas de choisir le bon candidat à l’arrivée. Inconsciemment, il influence le comportement de chacun, tout comme les questions et les évaluations des recruteurs. Difficile, dans ce contexte, de recruter avec la plus grande impartialité, n’est-ce pas ?


3 – Des sentiments négatifs chez les candidats


Le recrutainment peut susciter une large palette de sentiments négatifs chez les candidats. La frustration et la déception occupent le premier plan, notamment chez ceux qui n’ont pas pu exprimer pleinement leurs compétences, ou qui n’ont pas été retenus suite à un escape game ou à une activité sportive. Rappelons l’importance de l’enjeu…


Les postulants se sentent parfois perdus ou mal à l’aise, d’autant plus lorsque les règles du jeu et les critères d’évaluation restent abscons. Enfin, aux yeux des candidats les plus expérimentés, les plus âgés, ou qui prétendent à un poste à haute responsabilité, la gamification apparaît comme une approche infantilisante et peu sérieuse, si ce n’est humiliante.


4 – Un coût de mise en œuvre non négligeable


Rendre le recrutement plus ludique ne se fait pas avec trois francs six sous. La gamification a un coût, notamment si elle repose sur la création de jeux ou de stimulations sur mesure. Un tel développement implique des compétences et des outils spécifiques, et la facture risque de grimper rapidement.


De plus, la mise en œuvre du projet nécessite la formation des acteurs des ressources humaines et le potentiel déploiement de l’infrastructure technique adéquate. Certes, pour éviter au budget d’exploser, il est possible de recourir à des serious game et à des outils de simulation existants, ou encore de développer des activités en interne en misant sur la créativité des collaborateurs et leurs compétences. Néanmoins, le jeu en vaut-il réellement la chandelle ?


5 – Un procédé incompatible avec tous les profils et tous les postes


Tous les candidats ne sont pas familiers avec l’univers du jeu ou des nouvelles technologies. Une entreprise désireuse d’intégrer la gamification dans ses recrutements a donc tout intérêt à se demander si les profils qu’elle cible y sont sensibles et réceptifs.


Ce procédé, s’il ne correspond pas à la culture de l'entreprise ou aux valeurs qu'elle véhicule, peut nuire à son image et faire fuir les meilleurs talents. Cela concerne particulièrement les postes à haute responsabilité, où la gamification rend le recrutement plus superficiel et ne permet pas de rendre compte réellement de l’expertise des candidats.


Enfin, comment mettre en œuvre le recrutement par le jeu lors de processus plus complexes, notamment lorsqu’ils impliquent plusieurs étapes ou une multitude d’acteurs ? Après tout, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?



La gamification du recrutement correspond-elle réellement aux attentes des candidats ?


La gamification du recrutement reste une tendance qui intrigue et attire une partie des employeurs. Pour autant, cette approche correspond-elle réellement aux attentes des candidats ? L’étude « Baromètre et tendances de l’expérience candidat » menée par le cabinet de recrutement Yaggo et l’IFOP dévoile que certains freins à la candidature persistent.


Parmi les actifs et futurs actifs interrogés, 84 % sont susceptibles d’être découragés par la présence de certains éléments. Arrivent en tête la présentation du CV dans un format vidéo (54%), le fait de répondre à des questions dans un format vidéo (42%), puis la participation à un jeu (27%).


Notez que la gamification rebute 34 % des profils seniors, contre une moyenne générale de 27 %. Ces chiffres confirment donc le décalage entre les nombreux avantages attribués à ce procédé et les aspirations réelles des candidats.


D’autant plus que 79 % d’entre eux affirment qu’une mauvaise expérience de recrutement génère chez eux une réaction négative. Un postulant sur deux constate alors une dégradation de sa vision de l’entreprise et n’hésite pas à partager sa déconvenue avec son entourage. À méditer…



Comme toute approche qui se veut novatrice et moderne, la gamification du recrutement présente ses limites. Les entreprises doivent éviter de se laisser aveugler par cet effet de mode mais considérer comment ce concept s’intègre dans leur stratégie globale de recrutement. Les méthodes plus traditionnelles ont encore de beaux jours devant elle et le cabinet Rinnovo vous le prouve.

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